Dans «Les Aigles en hiver Russie 1812», un récit détaillé de la campagne de Russie, Jean-Claude Damamme montre que c'est l'hiver et l'immensité du pays qui eurent raison de la Grande Armée.

Le 17 novembre 1812, Denys Davydov, poète russe et aide de camp du général Bagration qui vient d'être tué à la bataille de la Moskova, décrit l'échec d'une attaque de cosaques contre les troupes de Napoléon : « La vieille garde, au milieu de laquelle se trouvait Napoléon lui-même, approcha. Nous enfourchâmes nos montures et nous plaçâmes près de la grand-route. Apercevant nos bandes bruyantes, l'ennemi arma ses fusils et continua fièrement sa marche, sans presser le pas (…). Je n'oublierai jamais la démarche libre, aisée et l'allure menaçante de ces guerriers éprouvés par tous les aspects de la mort, poursuit le poète soldat. Avec leurs hauts bonnets à poil, leurs uniformes bleus aux sangles blanches, leurs plumets et leurs épaulettes rouges, ils ressemblaient à des pavots dressés dans un champ de neige…»

Quelques jours plus tard, néanmoins, ce sera la Berezina, qui signa le début de la fin de l'hégémonie napoléonienne, épisode qui a parfois occulté le caractère héroïque de la résis­tance des Français pris dans un étau de ­glace et de neige. « Si nous étions malheureux, mourants de faim et de froid, il nous restait encore quelque chose qui nous soutenait : l'honneur et le courage,  » écrira le sergent ­Bourgogne, dans ses célèbres Mémoires (Arléa).

D'où l'intérêt de la somme de Jean-Claude Damamme, qui relate tous les aspects de l'expédition russe, depuis sa dimension diplomatique jusqu'aux détails de l'intendance : les habits des soldats de Napoléon ou le poids exact de leurs charges, une trentaine de kilos en tout, qu'ils durent transporter à pied jusqu'à Moscou. Sur les 450 000 hommes qui franchirent le Niémen le 24 juin 1812, quelques milliers seulement revinrent après avoir connu les affres de l'enfer russe, dans ce pays où Koutouzov refusait le combat, de peur d'être défait par un Napoléon dont le génie était intact.

La leçon de ce livre passionné, où l'auteur fait preuve d'un lyrisme bonapartiste parfois pesant, est que la Grande Armée n'a pas été vaincue par les Russes mais par la Russie : son climat impossible et son immensité. « Detoutes mes batailles, dira Napoléon à Sainte-Hélène, la plus terrible a été celle que j'ai donnée devant Moscou, les ­Français s'y sont montrés dignes de remporter la victoire et les ­Russes dignes de rester invin­cibles.»

Les Aigles en hiver Russie 1812 Jean-Claude Damamme, Plon, 828 p., 25,90 €.

A noter que le général Bonaparte avait déjà mal évalué le facteur météo lors de la campagne d'Egypte. Les tenus en laine des soldats se révélèrent un obstacle à cause de la chaleur lors des longues marches dans le désert égyptiens.